
 |
|
CAP BRETON Nous roulions depuis trois heures dans la vieille Honda Civic familiale grise le long des falaises du Cap-Breton. Mon père avait pris le relais au volant trente minutes plus tôt, après une longue engueulade avec ma mère à la sortie d'une courbe particulièrement traître. Ma mère est en fait chauffeur d'office du couple depuis bien longtemps. Elle préfère contrôler sa route, et lui a tendance à s'endormir au volant. Cette fois-là, par contre, les astres s'étaient alignés autrement: après avoir âprement négocié les courbes de l'autoroute, ma mère flancha sous le stress alors qu'au sortant d'un 180° en pente montante un immense dix-huit roues faillit nous propulser dans l'Atlantique. Quelques mètres plus loin, ma mère arrêta la voiture, prit une grande respiration, et hurla quatre mots distincts, je, suis, plus, capable. Assis en arrière avec mon exemplaire du Comte de Monte-Cristo, je lâchai un long soupir et m'installai confortablement dans le monde de Dumas en attendant que passe la tempête. Trente minutes plus tard, mon père conduisait et un lourd silence régnait dans la petite Honda, silence interrompu de temps à autre par le chien geignant à côté de moi. Romuald fut le premier chien à entrer dans ma vie. Mes parents l'avaient adopté d'une famille de cultivateurs dans les bas-fonds du Témiscamingue deux mois après ma naissance. C'était une sale bête, un bâtard jaunâtre au poil mi-long. Selon ma mère, il me léchait les fesses quand j'étais encore bébé. Je l'aimais, c'était une partie intégrante de ma vie, un éternel compagnon. Nous avions donc tous les deux neuf ans lorsque nous roulions sur les falaises et nous réagissions chacun à la tension émotive à notre manière. Il se terrait en boule, gémissant, le museau accoté sur ma jambe, et je lisais furieusement mon livre, avalant les phrases sans les comprendre. Mon père regardait droit devant, sans porter attention au paysage. De temps à autre, il criait au chien de se fermer la gueule. Nous longions l'est de la Cabot Trail. Une trêve précaire avait été déclarée entre mes parents et l'entente tacite semblait être que la crise serait gérée en temps et lieu une fois rendu à la prochaine halte routière. J'ouvris la fenêtre et passai mon coude par-dessus, essayant de repousser le vent avec la paume de ma main. Romuald, réveillé par l'odeur de l'océan et le bruit ahurissant, se leva et jappa en tournant sur lui-même. Ma mère pencha son siège vers l'arrière, m'ordonna de fermer la christ de fenêtre et asséna une violente claque sur le museau du chien qui glapit plus de peur que de douleur. Je désobéis, je fermai les yeux et je penchai ma main pour qu'elle glisse dans le vent, qu'elle plane au-dessus de l'océan. Je rêvais de la prison du comte de Monte Cristo, à cette île surprotégée du Château d'If, bastion de terre rongé continuellement de l'intérieur comme de l'extérieur. Je croyais et crois encore qu'il est certain que le comte, une fois sa vengeance assouvie, se doit de revenir sur cette île froide où il est vraiment né, dans mon esprit bien plus loin des côtes qu'elle ne l'est réellement. Edmond Dantès, capé, se tenant à la proue d'un navire imperturbable au cœur d'une tempête noire comme celle du tableau qui ouvre Moby Dick, rentre chez lui après son réel exil, celui de la colère. Plus en retrait, sa femme finalement retrouvée se tient à un mat, ses cheveux courts fouettés par le vent et la pluie. L'image est surfaite, clichée, mais elle s'impose à l'enfant de dix ans qui regarde les vagues, et il ne peut pas s'empêcher d'y revenir. Le comte est le Christ Pantocrator ramenant sa tribu dans les cieux austères. J'ai toujours préféré l'Ancien Testament, le monde m'a toujours paru si arbitraire que seul un Dieu de brûlots et de braises peut vraiment s'y adapter. Je finis par fermer la fenêtre, après que mon père eut grondé mon nom en me regardant dans le miroir central. Retour du silence, des gémissements. Ce n'est pas que je voulais tant inonder l'automobile de vent, seulement de l'autre côté il n'y avait que de la roche et quelques arbustes à peine feuillus. Plutôt lourd. Je préférais regarder de haut, c'était malgré moi. Je me retournai vers la mer, suivis un petit groupe de goélands des yeux. C'est un vieux jeu auquel je suis si habitué que je le joue malgré moi. Tout le temps, au centre de mon regard, se trouve un petit personnage, un petit singe roux, qui grimpe à tous les arbres, s'accroche à toutes les surfaces, et saute de l'une à l'autre en criant victoire. Il sautille d'objets ménagers en plantes vertes, de voitures en poteaux de l'Hydro, et, dans la Honda sur la falaise, je le laissais s'accrocher aux ailes des oiseaux, en vol peut-être vers cette île de Monte Cristo qui survit au large. Je me souviens avoir souhaité qu'il pleuve, que tant d'eau coule sur le pare-brise que les essuie-glaces ne fournissent plus. J'espérais le son harcelant de la tôle inondée remplaçant ce sinistre silence trop ensoleillé. Encore une fois, c'était l'arbitraire du monde, qui n'est jamais grave quand il le faut. Il me restait le chien, endormi, le cul sur ma cuisse, pour me réchauffer. Le contact physique est important, c'est la chaleur, il faut que je sente le poil dans le creux de ma main, que je puisse empoigner la peau molle sous les oreilles des bêtes. Je massai distraitement son cou en essayant de me plonger à nouveau dans mon livre, relisant sans cesse le même paragraphe qui me résistait. Edmond Dantès venait d'entrer en contact avec le vieillard dans la cellule d'à côté, je crois que mon imaginaire voulait juste rester enfermé dans leur intimité, cloitré dans ces improbables murs de pierre au milieu de l'eau. Il fallut encore une quinzaine de minutes pour que la petite Honda grise trouve une place où stationner, une sorte de belvédère sur le bord de la route surplombant une falaise creuse d'une centaine de pieds. Depuis l'automobile, nous ne voyions qu'un plateau de gazon coupant abruptement sur l'océan et l'horizon, difficiles à distinguer. Mon père éteignit le moteur, sortit la clé et ouvrit sa porte. J'essayais tant bien que mal d'attacher une laisse au choke du chien rendu fou furieux par l'odeur de l'eau lorsque la sale bête se précipita à toute vitesse sur le banc du conducteur et sauta hors de la voiture. La laisse, attachée de justesse, me glissa des mains. Ma mère poussa un grand cri et mon père un tabarnak. Le cabot fila à toute allure vers l'océan lointain, la panique nous prit. Mon père courut après et, par chance, mit le pied sur la laisse qui trainait derrière. Le chien qui filait lâcha un cri de mort, sa tête bascula par en arrière, et le bas de son corps, encore en pleine vélocité, passa devant le collier. Il me sembla rester suspendu un temps dans les airs, puis il s'effondra, étranglé, mais vivant, sur le dos. Mes parents m'ont par la suite raconté que je n'ai pas lâché la pauvre bête une minute du reste du voyage, que j'avais attaché la laisse à mon poignet et qu'elle y était restée presque vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Je me souviens surtout que ça ne les avait pas empêchés de se crier après pendant plus d'une heure, debout sur le gazon. Le reste est vague. SAINTE-LUCIE Je rêve d'îles et de plages, et surtout, je crois, de microclimats. C'est probablement la marque du Biodôme. Cela me fascine que dans plusieurs îles par le monde se soient développées des formes de vie absolument uniques, des créatures bizarres, et, ce qui me les rend particulièrement sympathiques, complètement inadaptées à toute forme de compétition. En Madagascar, en Nouvelle-Zélande, aux Galapagos et un peu partout sur terre survivent autant de petits univers parallèles au nôtre dans lesquels tout un rythme, un écosystème, peut s'imposer, hermétique et protecteur. Cette idée qu'il existe des petites poches de résistance où la cruauté de l'évolution des espèces semble avoir lâché prise, peut-être par culpabilité, me semble essentielle. Je crois désespérément en la résistance bonhomme du marginal, du bizarre et de l'inadapté. Je devais avoir onze ou douze ans lorsque ma mère décida pour la première fois d'emmener mes cousines avec nous dans notre voyage annuel au Bas-du-Fleuve. Elles sont trois, nées l'une après l'autre. Elles ont grandi dans un milieu familial complètement ravagé par une guerre sans merci entre leurs parents divorcés. Filles du chantage émotif, des cadeaux avec conditions et des « ta mère est une hostie de salope », elles semblaient soulagées de sortir des terrains minés pour tomber, quelques semaines, sous le contrôle rassurant de leur tante. Nous nous installâmes donc dans un minuscule chalet à Sainte-Lucie, une petite ville centrée exclusivement sur le tourisme local qui profite d'une des plus belles plages à l'est du Bic. Comme bien d'autres villages aux alentours, l'endroit est dépendant d'une horde de Montréalais qui assaille la région de mai à septembre et se vide à en devenir fantomatique en hiver. Cette année en particulier les plages avaient pris un air lugubre alors que d'immenses bancs de poissons argentés venaient s'échouer sur la grève. Chaque soir durant une semaine la plage se couvrait de milliers de cadavres luisants baignant dans le sang qui s'échappait de leurs bouches. Leur odeur se mêlait à celle du fleuve et des algues, et le scintillement des écailles nous éblouissait au coucher du soleil. Pour éviter ces marées de chair, nous prîmes l'habitude de nous diriger vers les rives du Bic qui leur avaient échappé. Ce sont des plages beaucoup plus rocailleuses et inconstantes, jonchées de centaines d'immenses roches stratifiées et cassantes, sculptées par les courants. Marcher sur le bord de l'eau s'avère là plus près de l'escalade que de la promenade, surtout à marée haute, alors que de nombreuses crevasses sombres donnent directement sur l'eau glacée du fleuve. Je me souviens avoir entrepris plusieurs randonnées avec la plus vieille de mes cousines vers des pics lointains, sautant heureusement d'un rocher à l'autre, l'aidant à monter les parois les plus escarpées, essayant de rattraper le chien parti combattre ses démons au large. Nous avions développé, au son des vagues, une complicité temporaire qui ressemblait presque à une relation de frère et soeur, le silence semblait en être la condition. Elle ne parlait pas, moi non plus. Nous avancions. Deux petits singes rouges sautillants de rocs en rocs. Romuald jappait pour trois. Lorsque la marée descendait d'entre les rocailles, de petites mares d'eau salée se formaient dans les creux sinueux, et alors naissaient entre les strates des milliers de petits étangs pleins de vie. Nous nous arrêtions souvent, accroupis, fascinés, pour les contempler, admirer leur forme, suivre des yeux les minuscules rivières qui les rejoignaient, les algues qui y avaient pris refuge. De temps à autre un petit poisson s'y trouvait prisonnier et se terrait au fond en attendant que la prochaine marrée lui rapporte l'océan. Nous étions surtout intéressés aux dizaines de crevettes noirâtres qui grouillaient allègrement dans chacun des bassins. Elles y évoluaient comme si c'était la chose la plus naturelle au monde, semblant bien plus à leur aise dans ces flaques réchauffées par le soleil que dans le fleuve glacial. Elles sprintaient allègrement d'un étang à l'autre, se cachaient dans les algues, copulaient. C'était comme si elles profitaient du mieux qu'elles pouvaient de cet instant de répit accordé par la marée avant d'être ravalé par la mer. Nous les examinions, différenciant les espèces, et nous trimbalions avec nous des sceaux de plastique pour les collectionner, façonnant nos propres aquariums en garnissant le fond de galets, de sable et d'oursins. Seul avec ma cousine, loin des camions hurlants de la 132, loin de ses sœurs criardes, ces petites poches de vie que nous étudions avec un grand sérieux scientifique me rassuraient sur le monde. Le soir nous revenions vers les plages sanglantes en sachant qu'elles grouillaient ailleurs. HAVRE-SAINT-PIERRE Mes parents pratiquaient le camping par nécessité plutôt que par choix, comme c'était le cas pour bien des familles pauvres voulant néanmoins profiter des quelques semaines de vacances qui leur étaient accordées. Nous étions partis un été sur la Côte-Nord du Saint-Laurent pour faire changement du sud auquel nous étions habitués. Il fit un temps de chien, je devais avoir sept ans, c'était l'année du déluge au Saguenay, et nous étions certains à l'époque que ce serait l'évènement météorologique québécois dont tous se souviendraient pour des siècles à venir, innocents que nous étions des catastrophes constantes qui affligeraient notre pays des années plus tard. Reste qu'il plut tout le long du voyage, d'une pluie froide caractéristique de la région. Pour nous rendre, il fallut passer par l'épreuve du feu : Godbout, le pays sanguinaire de la mouche noire. Il ne s'agissait pas d'essaims ou même de bancs, mais bien d'un brouillard noirâtre qui couvrait la ville à des kilomètres aux alentours. Arrivés au camping, nous essayâmes de monter la tente à toute vitesse, gardant la bouche fermée et respirant avec précaution pour que les insectes ne puissent pas s'infiltrer dans nos narines. Tout cela à visibilité réduite sous une fine pluie tout juste suffisante pour mouiller nos vêtements et nous coller les cheveux aux tempes. Le chien, habituellement rapide à décamper vers le plus proche point d'eau, resta terré dans le fond de la voiture en attendant que nous ayons fini. Les saloperies réussirent même à s'infiltrer dans la tente une fois celle-ci montée par une petite faille près de la fermeture éclair. Ce qu'il y a d'horrible avec les mouches noires, c'est qu'une centaine de bestioles peut vous tourner autour sans qu'aucune ne pique avant une demi-heure. Elles sont sadiques. Pour nous qui sortions à peine du traversier de Matane à Baie-Comeau, ce fut tout un accueil. En cette contrée, les touristes, comme les Indiens, ne sont pas bienvenus. L'automobile familiale fit néanmoins son chemin le long de la 138, longeant le paysage aride touffu par intermittence d'épinettes de plus en plus rachitiques. Baie-Comeau, Godbout, Port-Cartier, Sept-Îles, Mingan, puis Havre-Saint-Pierre. Le bout du chemin, la fin des bucherons, un long sentier de gravelle, puis un panneau : ici s'arrête la route 138. Je sortis avec le chien pour déguster un peu le lieu, absorber le moment. Il y a quelque chose avec les frontières. C'était clair, aller plus loin revenait au même que de se lancer dans le fleuve, plus loin, seule une mort gelée nous attendait. C'était au mois de juillet, et pourtant de la buée s'échappait d'entre nos dents lorsque nous parlions, chaque syllabe une perte de chaleur. Je me suis avancé en tenant à bout de bras le canif que je venais de recevoir pour mon anniversaire et j'ai fait une petite marque sur le panneau. Ça doit être l'instinct. J'ai ramassé un bouchon de bière par terre, je ne me souviens pas si c'était une Laurentides ou une O'Keef. Nous avons campé là durant une semaine sous la pluie constante, ce fut une interminable averse sans tempêtes, sans orages. Au matin, mes parents se dépêchaient de boire leur café chauffé au poêle Coleman et courraient sous la douche tiède du camping. Je restais cloitré dans la tente humide avec Romuald et mon GameBoy, accumulant les Pokemons. Lorsque nous sortions, nous allions vers les musées maritimes et les restaurants, armés contre le froid des pieds à la tête. J'enfilais bas de laine, combines, camisole, coton ouaté, bottes et manteau dès que je sortais du sac de couchage. Au dernier jour, mes parents décidèrent de faire une expédition aux Îles Mingan, un parc national hébergeant, selon la brochure touristique, une faune rare et des formations rocheuses époustouflantes. Je me vêtis donc comme j'en avais pris l'habitude et affrontai le froid matinal avec bravoure, chocolat chaud en main. Nous prîmes le bateau en compagnie d'une poignée de touristes tout aussi emmitouflés que nous, avançant au bruit du moteur dans une brume qui forçait les sueurs froides. Je pris un plaisir fou à regarder défiler l'eau sous la proue, un plaisir augmenté par mon père qui régurgitait son mal de mer de l'autre côté. Le navire passa donc devant les immenses blocs de roche polie, tordus par des millions de vagues salées, pour nous déposer sur un quai de métal plutôt drabe. Ce fut la seule et unique journée ensoleillée de tout le voyage. Je pus voir l'eau de pluie s'évaporer doucement sur les feuilles des arbustes comme sur mon manteau. La température monta en après-midi au-dessus des vingt degrés et je dus enlever mon chandail et ma camisole pour les attacher autour de ma ceinture. Je marchai, torse nu, en grosses bottes de pluie jaunes, tout au long du sentier, bien en avant du groupe de touristes, jusqu'à une petite plage où gisaient encore d'autres énormes rochers déformés, et j'avais perdu mes parents. Chaque pas s'enfonçait dans le sable et en ressortait avec un délicieux bruit de succion. J'étais roi. Je me souviens avoir grimpé sur l'un des rocs, regardé l'archipel enfin clair, encore luisant, puis marché tout droit vers le sud, le Bas-du-Fleuve. Mes enjambées étaient immenses, je sautais de rocher en rocher, de vague en vague, m'agrippant avec mes griffes aux baleines noires qui m'offraient leur dos, planant au-dessus des courants marins, jusqu'aux rives plus accueillantes de Rimouski, pour bifurquer en chemin, et partir à l'est, sautillant, un petit point rouge au large. CHÂTEAU D'IF Ça fait tellement longtemps que je tourne autour des plages. Peu importe l'endroit, j'y suis irrémédiablement attiré. Pourtant, dès que je m'y installe, que je m'assoie, je m'y sens inconfortable. Le sable se glisse dans mes sandales, dans mon maillot, ou bien il grimpe mes pantalons mouillés. Sur la plage, je me sens inutile, un intrus sur le terrain des jeunes filles couchées et des garçons bronzés. Je préfère toujours rester en périphérie, marcher le long des boulevards qui les surplombent, boire sur les terrasses qui les dominent. J'aime, à l'ombre, regarder courir les chiens dans les algues mortes, voir les femmes et leurs amants apprendre à se détester. La plage est une limite où chaque nouveau jour les gens vont tenter leur chance de l'autre côté, où ils essaient d'effacer ou de laver leurs vies dans les vagues. C'est un constat d'échec. Je m'ennuie de mon chien, seuls les goélands viennent picorer à ma fenêtre.
2 Comments | Post A Comment | Add to Memories | Share | Link
 |
|
S1 [Hercules & Love Affair – Hercules’ Theme]
MC et DAVE, dans un parc kitsch, assis sur un banc de fer forgé blanc portant fièrement ses motifs de fleurs. Golden lights, elle a un chandail de squelette et lui une chemise faggy mauve, les deux fument mal. Lui tient sa cigarette comme un italien, mais sans le style, sans coordination. Elle la tient au bout de ses doigts pour faire féminine, elle a l’air anxieuse. DAVE Tu sais, christ, que c’est pas compliqué de tuer une araignée. Ça bouge même pas comme une mouche. La mouche va, genre, faire buzzer partout pis zzzz (il secoue ses mains près de ses oreilles) faut que t’attendre qu’elle se fatigue vraiment, puis là tu la vises ben MC Je le sais! Écoeure-moi pas, p h o e b i e que ça se dit, une phobie, le principe, c’est que ça ne se contrôle pas.
DAVE Je veux bien, mais c’était pas nécessaire de crier comme une hystérique, tu m’as fait scrapper ma game pendant que j’étais rendu à Sigma!
MC Boohoo!
DAVE (Simultanément) Ben oui t’en as rien à crisser, mais moi ça compte. Pour moi l’avenir de Méga Man, c’est aussi important que les sautes d’humeur du premier ministre, tu comprend? C’est ça ma vie aussi, pis je sais que ton ostie d’araignée c’était un prétexte, essaie pas de me faire chier.
MC (Par-dessus) Dave a raison, tu as toujours raison, c’est sûr que c’est promordial que toi t’aie fini ton jeu cinq minutes avant qu’on parte.
Arrivent PAT et GUILLAUME, le premier vient vers eux et le second reste en retrait.
DAVE D’abord, phobie ça s’écrit f o e b i e, pis c’est primordial, pas promordial.
MC (Le coupe) Ben oui, christ change le sujet, je suis pas bonne, je suis conne, j’ai peur des ‘tites araignées, je le sais. PAT P h o e b i e, il me semble. Anyway, vous finirez votre chicane de couple avec du bon make-up sex à soir, en attendant venez vous en donc avec nous autres, vous avez juste à plus vous parler jusque-là.
MC et DAVE Quoi?
MC (Embarassée) Okay, okay, on arrive.
DAVE Ouais, non, je suis certain qu’il y a un f.
MC (Se retourne, exaspérée, vers PAT) Toi, t’est pas célibataire ? Je me cherche un chum de remplacement.
PAT (Riant) Dans tes rêves.
MC (Chuchote à son oreille) Des fois.
GUILLAUME Come on people, DAVE, emmène ton gros cul.
[The Dears – Lights Off]
On les voit rejoindre les autres, ils sont peut-être six ou sept, deux jouent au aki, d’autres fument dans l’herbe, certains boivent du vin de dépanneur. La scène dure une vingtaine de secondes. S2
DAVE et MC sont étendus dans une chambre encombrée par des consoles de jeux et des DVDs, elle sur le lit, et lui sur une chaise d’ordinateur. Il joue à Battle Axe sur une vieille Super Nintendo, torse nu. Elle le regarde en massant doucement les côtes de squelette que trace son chandail. Elle est tout habillée.
MC C’est tout?
DAVE Quoi?
MC (Murmure) C’est tout.
DAVE Quoi? Qu’est-ce qui est tout? (face à l’écran) Ah fuck! Je suis mort là!
MC Grosse date.
Silence, on entend les bruits que produit la console. [The Church – Under the Milky Way] MC se lève, cherche laborieusement le plancher, trouve une bouteille de vin et en prend une longue gorgée. Elle se rassoit. Elle écarte les jambes et donne plusieurs petites tapes sur son pubis en imitant des sons de pénétration. DAVE l’ignore. Il change la cassette pour Street Fighter 2. Suit un autre silence coupé par le son de la télé. [musique coupe]
MC Je suis plus capable.
CASSETTE Hadoken!
MC Je crisse mon camp. CASSETTE Hadoken!
MC J’ai déjà couché avec Pat.
CASSETTE Perfect!
[musique reprend, le refrain]
Elle se lève, prend son sac, allume une clope et s’en va. Une fois la porte fermée, DAVE éteint la console de jeux et s’écrase de dos sur son lit. Il rebondit, puis part à rire.
DAVE Yeah right, pis moi avec Annah Montana.
S3 Dans son appartement, MC ouvre la porte en tremblant. Elle dépose sa sacoche et un sac Couche Tard sur la table de la cuisine, elle en sort un nouveau paquet de cigarettes qu’elle échange avec celui de sa sacoche. Elle en sort son cellulaire violet qu’elle ouvre d’un coup de pouce. Elle se dirige vers sa chambre en tentant de défaire sa ceinture à une seule main. Finalement, chandail squelettique et petite culotte verte fluo, elle s’assoit sur son lit en tassant une énorme pile de vêtements. Elle hésite un certain temps, se massant la cuisse. Elle appelle finalement quelqu’un. Elle attend. On ne voit plus que son visage et sa gorge de profils. Elle sourit. [musique coupe]
MC Pat ! C’est M-C !
(Elle prend une position semi couchée)
MC En fait, ouais, non, ça va pas trop.
(Moue d’effort) MC Je viens de casser, ouais, avec Dave, ça allait plus du tout. (Elle commence visiblement à se masturber) Tu nous as vus cet après-midi, on n’est plus capable d’avoir du fun. Il fait juste se planter devant sa christ de télé.
(Spasme)
MC J’ai juste besoin de te parler.
Appartement de PAT, il semble perplexe, le téléphone pris entre l’épaule et la joue, est devant l’ordinateur et joue à World of Warcraft en l’écoutant d’une oreille puisque l’autre est prise par son casque de jeu.
PAT Écoute, c’est beau, je suis ton ami aussi, Dave ou pas je tien quand même à toi, tu le sais. Tu veux-tu m’expliquer ?
(Des orques meurent par centaines)
PAT Uh huh.
(Explosions)
PAT Iiiiiish!
(Hurlements)
PAT Quoi? Oh, juste des boxers.
On entend par l’écouteur un jeune adolescent crier LEEEROY JEEEENKIIINS! à tue-tête.
PAT Osti d’épais.
(Mort)
PAT Quoi, que je t’insulte? (il ferme le son de l’ordinateur) Christ MC qu’est-ce que tu fais, là? Huh? Okay, fine, je t’écoute (il remonte le son).
(Des orques meurent par milliers)
PAT De rien, écoute, je vais faire tout ce que je peux pour t’aider, je te le répète, tu es mon amie pis il y a rien qui peut changer ça. Ça va ?
Retour à la chambre de MC, qui est couchée sur le côté, les jambes repliées sur son bras droit, le gauche tenant le cellulaire sur son oreiller. Elle semble plus épuisée qu’attristée. Dernier spasme. Elle sourit.
MC Okay merci, j’avais besoin de parler à quelqu’un, je suis contente que tu sois là, j’étais super angoissée.
(elle se rassoit)
MC Bye, je t’embrasse.
[m83 – Kim & Jessie] Elle se relève, marche jusqu’à la cuisine où elle fouille dans le frigidaire, elle en sort un sac de baby carottes et un pot de trempette, puis marche, toujours en t-shirt et petites culottes, jusqu’au salon où elle ouvre la télévision. On la regarde manger des carottes et de la trempette durant le générique.
[musique coupe]
DAVE, au téléphone, dans sa chambre, sur son lit.
DAVE (Fade out vers la surexposition) Ouais ! Je le sais! Christ que ça lui a pris du temps, j’étais juste plus capable, à la fin je me suis dis, shit, je ne répondrai que par la bouche de mes hadokens! Je me disais, quelques jours à être bête de même, elle va bien finir par comprendre le message, ben non, le gros, ça lui a prit trois osties de semaines! Ha ! Man, j’en reviens toujours pas. Pis pendant ce temps-là avec Anne-Marie, ouais ouais, sept fois, je te niaise pas. Elle s’en est même pas rendu compte, j’avais laissé traîner son J exprès!
Post A Comment | Add to Memories | Share | Link
 |
|
DU FROMAGE ET DES MOUCHES « Cheese! » Karine s’est retournée juste à temps pour me voir taper du doigt comme si je tenais un appareil photo. Elle n’a rien compris. Elle a souri pareil, parce que Gabriel (le gars) était crampé aux larmes sur la table et qu’elle l’aimait plus ou moins en secret. Bien entendu, ce n’était pas réciproque. D’abord, elle était laide. Elle avait les yeux croches, le corps désaxé par des seins immenses et une trentaine de livres de trop. Surtout, elle était conne. Gab était beau et intelligent, un grand gars comme il n’y en a qu’en région, les cheveux noirs, bouclés, un début de barbe, les yeux verts, il tripait sur Hendrix. J’en étais même un peu jaloux. Eh. Le fromage, c’est que deux ou trois jours plus tôt Gabrielle (la fille) était sortie en riant de leur dortoir, elle avait trouvé une petite culotte de Karine figée dans la croûte. Cheese, donc. Tout le staff du camp Saint-Donat le savait dorénavant, sauf peut-être Étienne parce qu’il était trop chiant, et Alexandre parce qu’il était débile. Ce n’est pas pour être méchant que je dis ça. Tout le monde adorait Alex, seulement il souffrait d’une déficience mentale légère. Lui non plus n’était pas beau, mais il avait une excuse au moins. Il était sympathique et en plus Paulette ne le soupçonnait pas de nous sortir des chips de la réserve, à cause de sa condition. On l’envoyait presque chaque soir maintenant nous voler tout plein de stock, et chaque fois elle répétait le même discours le lendemain, après le break de trois heures, après avoir tété sa flasque de Canadian Club : « Christ, faites donc comme Alex, il est pas vite vite, mais au moins y travaille lui. » Brillante Paulette, puisses-tu vomir ta bile d’alcoolo six pieds sous terre. En fait, Alex était à ce moment-là tout nouveau, il était arrivé avec le deuxième troupeau, après qu’ils aient dû foutre la moitié du premier à la porte. Il était arrivé pour le deuxième tiers de l’été avec son petit frère Antoine (seize et quatorze ans respectivement) qui était le meilleur gars au monde. Les deux se ressemblaient, ils abordaient le même teint basané, le même air nerveux, mais tous les os d’Alex semblaient légèrement croches. Quelques jours plus tôt, Dave, Gab et moi avions dû faire des tonnes de supplémentaires pour rouler la cafétéria avant la deuxième vague. Ce n’était pas une grande job, même l’entrevue avait été glauque. Au moins depuis le temps on s’était formé un groupe plus sympathique. Ce soir-là, on était réunis pour pratiquer notre show du noël des campeurs : le plan était simple, on avait dit qu’on allait faire une toune de Beau Domage, mais en entrant on chanterait soit You’re Pretty When I’m Drunk, soit Fuck Her Gently. Ce n’était pas sûr. D'ailleurs, on pratiquait Pretty chaque mâtin, quand on ouvrait à six heures. Si les campeurs nous faisaient chier avec leur « boum atchikaboum », nous, on avait un ghetto et Bloodhound Gang. On était aussi pretty fucking drunk pas mal tous les soirs. N’empêche, ce n’était pas vraiment joyeux à ce moment-là. Gab semblait prendre de plus en plus plaisir à se brûler la main avec ses cigarettes et ses joints. C’en était triste, dès qu’il allumait une clope, il se mettait automatiquement à la faire tournoyer entre ses doigts. Le bout orange traçait des figures de plus en plus compliquées dans l’air, puis, rendu au botch, lui brûlait les doigts. Il lâchait un petit sacre à mi-voix, puis recommençait avec une nouvelle. Il y avait quelque chose de maso là dedans. En fait, Gab était retourné à Trois-Rivières pendant une semaine et sa blonde lui avait dit qu’elle s’ennuyait trop de lui, que c’était pour ça qu’elle avait commencé à se piquer. Ce n’était pas nouveau, il m’avait souvent dit qu’il prenait des drogues plus dures de temps en temps, mais c’était la fréquence qui lui faisait peur. Paraît qu’elle avait l’air d’un Rwandais bleaché. J’ai vu les photos. Le pire c’est que lui la trompait sans trop y croire depuis quelques mois, mais là, ça avait vraiment été une claque. Depuis, son foutu gilet allemand était de plus en plus troué. Dave le regardait aller sans faire quoi que ce soit non plus. Un petit gars clownesque avec plus de studs qu’un mur de stucco, il rêvait d’être peintre de Harley-Davidsons. Il venait de casser avec Mélissa la semaine d’avant et il passait ses après-midi sur la balancine à gosser du Slipknot sur sa guitare. C’était rendu bizarre parce que Mel s’était en même temps mise à me coller. Je savais que ça le faisait chier, mais c’était aussi mon amie, et puis une pipe c’est une pipe. Fine fine fine. En plus, elle était belle, un visage encore un peu joufflu d’enfant, la salive salée et un cul de la mort. J’étais clairement son rebond, mais rendu là… Bref, l’ambiance était glauque et on cherchait tous à se défouler, Karine était une cible facile. « You’re not a whoman, you’re an experiment ! » Je savais que ce n’était pas correct, mais elle me faisait chier moi aussi en essayant d’être amie avec tout le staff à tout prix. Le soleil était rendu derrière les dortoirs et il faisait froid. J’essayai de me décrocher de la banquette pour aller chercher mon gilet, c’est la main de Mel qui m’a retenu. En dessous de la table, pour que Dave ne le voie pas. « C’est quand même salement dégueulasse, » lâcha Gab. « It’s a highway to heaven, » chantonna Dave. « Christ je l’ai vue en tank top puis je suis sûr que son poil monte jusqu’entre ses seins. » « Shit, » soupira Dave avec une grimace de dégoût, « en parlant, genre, de poils, tu as vu le bras d’Alex? » « Osti oui. » « On dirait un rat mort. » « Je suis sûr que c’est un genre d’alien, » spéculais-je en riant, « un parasite qui va prendre le contrôle de son corps ou quelque chose. » « Motherfucking destroyer of worlds, » précisais-je. « Come on, » s’indigna Mélissa, « c’est pas sa faute. Y’a pas choisi d’avoir ça. » Il faut dire qu’Alex (ou Forest, comme les filles l’appelaient affectueusement) était non seulement enlaidi par sa maladie, mais en plus il portait fièrement une énorme tache jaune brune couverte de poils noirs sur le bras gauche. Elle était assez difficile à manquer étant donné que le bonhomme se promenait constamment en t-shirt rouge, peu importe la météo. Il paraît qu’il piquait des crises de la mort dès que ses parents essayaient de lui faire porter quoi que ce soit d’autre. On le voyait d’ailleurs s’en venir au loin avec Antoine, c’était l’heure des changements de shifts. Son frère marchait droit en avant, en coupant par la colline en arrière de la cafétéria. Alex claudiquait derrière, les pouces dans les poches de jeans, en zigzaguant. Il donnait des coups de pied dans les branches et essayait de décapiter les fleurs. De temps à autre, le premier attendait l’autre en étirant une boucle de cheveux gras. Je me retournai vers Dave : « Sérieux, à caque fois j’ai envie de faire mooouuuuche! comme dans Austin Powers. » « Lequel ? » Demanda Gab distraitement. « Ha! Mouchie mouchie mouchie! Je m’en souviens. » Puis, hésitant, Dave précisa, « le troisième je pense. » « Shit, on pourrait, genre, la brûler avec, genre, un tison. » « Ta gueule ils arrivent. » Ils se sont assis après les saluts habituels. Mélissa s’est collée sur moi un peu plus encore pour leur faire de la place. Je crois sérieusement avoir rougi. Je sentais ses seins sur mon bras et elle me tenait toujours la main sous la table. On a parlé de tout et surtout de Paulette. Apparament, elle était entrée saoule comme d’habitude dans la cuisine et avait crié à Fred qu’il était un sale drogué, lui qui n’avait jamais touché à une goutte d’alcool avant qu’on le force un peu la semaine d’avant. Il était sorti tout de suite, sans dire un mot. Elle avait continué de crier après jusqu’à ce qu’elle mette accidentellement le pouce sur un brûleur. « C’était pas beau. » Antoine avait un grand sourire. Même Alex rit, probablement pour faire comme les autres. Il avait les dents croches. Nous avions tous le reste de la soirée off (le jeudi soir était le shift des losers). Dave se remit distraitement à jouer de la guitare en regardant Mel avec un air piteux, c’en était chiant à la fin. Gab s’alluma une cigarette, m’en offrit une et en tendit une autre à Alex, qui refusa avec un petit cri en mettant les mains sur ses oreilles. Là, je ne pus m’en empêcher, l’infâme tache noire sur son bras me regardait dans les yeux, elle me dévisageait avec ses millions de tentacules noirâtres. Je levai mon doigt: « Mooouuuuuche! » Gabriel et Dave partirent à rire aussitôt, Mel eut un petit hoquet réprobateur sans y croire et même Antoine fit un petit sourire, il laissait passer. Alexandre me regarda un temps, puis partit à rire, il ne savait clairement pas pourquoi j’avais dit ça, mais si tout le monde était heureux, alors pourquoi pas. Gab ne put s’en empêcher non plus : « Mouchie mouchie mouchie ! » Je ris aux larmes, il avait même sorti une branche qui traînait par terre pour poker la chose. Antoine tourna la tête. Pour une fois, Gab botcha sur la table. La soirée continua lentement. Je piquai la guitare à Dave parce que la situation avec Mélissa était de plus en plus embarrassante et je voulais mettre une distance physique entre elle et moi. Mauvais plan, elle aimait m’écouter, même si je ne chantais pas. On sortit le deux litres de 7-up pleine de vodka et la mouche revint souvent dans la conversation. Antoine tiqua chaque fois, mais son frère semblait y prendre plaisir. Il était tout heureux d’être au cœur de l’attention de temps en temps. Tard, quand Gabrielle (la fille) passa devant nous pour rentrer au dortoir, je l’accrochai : « Hey! As-tu vu Karine? » « Oui, » dit-elle avec rage, « est en christ après vous autres. Vous auriez pu être plus subtils. « Comment ça? » « Cheese? Osti les gars, est pas si conne que ça » « C’est pas ça que tu disais hier, » lança Dave. C’est là que Gab prit sa cigarette et la pointa vers la tache d’Alexandre en marmonnant « mouche ». Sa main tremblait et il articulait à peine. Le soûlon et le déficient se regardèrent un long moment dans les yeux, il y eut un silence qui dura quelques secondes, mais parut bien plus long. Finalement, contrairement à son habitude, notre mini Forest Gump, qui avait probablement trop bu dans le verre de son frère, partit à rire. Il prit la cigarette et l’essaya. Il s’étouffa. Ma main se crispa entre les jambes de Mel qui sursauta. On pouvait tous sentir venir la crise. Non. Il rit encore une fois. Je crois qu’il avait compris le principe. Alex pointa ensuite le bout rougeâtre vers l’horrible tache sur son bras, criant à tue-tête. « Mouchie mouchie mouchie mouchie mouchie! » On a tous éclaté de rire, ça en faisait mal au ventre. C’était trop. Antoine lui dit doucement d’arrêter. Gabrielle (la fille) nous regardait sans comprendre. Mélissa ne riait pas non plus. Elle me dit d’arrêter. Je lui dis qu’il le faisait tout seul maintenant, que quelque part l’ironie du monde venait de sauter une coche. Elle enleva d’un geste furieux ma main d’entre ses jambes (j’étais si près !), se leva et partit brusquement. Elle essaya d’entraîner Alex avec elle, mais il résista en criant « mouche! » encore plus fort. Il était fixé. Son front tout rouge, un immense sourire au visage. Elle rentra dans le dortoir, excédé. Je n’en revenais pas. Notre déficient criait sans arrêt, souriant plus que jamais, son frère le regardait, il tremblait. « Mouche! » « Alex. » « Mouche! » « Ta gueule ! Antoine avait finalement levé la voix, ferme ta christ de gueule Alex, tu me fais honte. » « Moooouuuuuuche! » « Calisse Alex, ferme là ! Arrête ça! » Rien n’y faisait. Forest était parti pour la gloire. J’avais des crampes partout à force de rire. Alex pointait de plus en plus proche la cigarette de Gab vers son bras, sa mouche. Un arc orange dans la nuit. ( Re�critures )
Post A Comment | Add to Memories | Share | Link
 |
| 2009-05-05 02:46 |
| Le robot |
| Public |
| The Good, The Bad and the Queen - Green Fields |
|
 Ben oui, ben oui.
Post A Comment | Add to Memories | Share | Link
 |
|
Je, jungle, je, sanguines. Partout, des lianes et d’immenses troncs d’arbres. J'y serai heureux. J'y serai roi. J'avancerai, bestial, à travers les plantes boursouflées. Tout sera parfait. Les insectes voleront tout autour de moi. Les vers grouilleront sous mes pieds. Je me tiendrai dans la jungle sans souliers ni bas et le lichen me passera entre les orteils. Il fera si chaud et si humide que mon dos sera une glissade de sueur. Pour me rafraichir, je boirai la rosée et dévorerai des mangues. Je me tiendrai, fiévreux, et crierai plus fort que tous les hommes. Les mâles qui crient dans cette forêt sont entendus de toutes les femelles du monde. Alignées, elles se tournent toutes en même temps, écoutent.
Dans la jungle je sauterai d’arbre en arbre, je me branlerai dans la noirceur, je tuerai tout ce qui bouge la nuit à coups de dent. Je grimperai agilement le plus grand arbre aux alentours. Au sommet, je guetterai, royal, mon domaine avec fierté. Au loin, au levant, un large fleuve m'appellera, m'embrassera. Je prendrai ma machette et hacherai mon chemin à travers les plantes multicolores qui me lacéreront les avants-bras. Infatigable, je progresserai à longs pas vers le grand torrent. Quand j’y serai, je nettoierai mes mains saignantes dans l’eau boueuse et les poissons viendront me chatouiller les doigts, y suçant le sang de mes coupures. Je plongerai alors et l’eau m’arrivera à la poitrine, lavera ma peau. Heureux et fier, je rirai si fort que les pierres riront avec moi, car le rire des hommes est contagieux. Je remonterai doucement le courant dans la nuit, et mon linge sera beau sur ma peau, il révèlera mes chairs. Arrivé devant une petite chute d’eau, je m’y doucherai et les gouttelettes éclabousseront les buissons. Là, je boirai la source, j’avalerai le ruisseau et le pisserai en fontaine. Tous les oiseaux de la jungle s’abreuveront à mon jet et le monde me saura. Ensuite, je me laisserai porter par le courant, je ferai la planche, m’endormirai, et toute la nuit je descendrai le ruisseau clapotant comme ça, tout doucement. De petits singes rouges sauteront d’une rive à l’autre sur mon ventre, de frêles oisillons se reposeront sur mes cuisses. Le ruisseau me conduira à la rivière et elle au fleuve. Là, tout ira très vite. Les rives deviendront confuses et au petit matin je serai précipité vers le soleil à cent miles à l’heure. J’arriverai au levant à une immense chute d’où s’élèvera tant de brume que tout sera arc-en-ciel. Le fleuve me propulsera très très loin vers l’horizon rose. Le temps s’arrêtera avec mon souffle.
C’est là que je prendrai mon envol. Je serai un oiseau bleu jaune et rouge, je survolerai le grand lac, majestueux. Les poissons-monstres de la mer sauteront tous très haut pour me happer dans leurs gueules aux dents courbées. Aucun ne me touchera. Je planerai si haut que je rejoindrai un nuage de chauves-souris blanches qui m’entoureront comme un grand banc de poissons criards. Je les suivrai très haut au soleil jusqu'à ce qu'elles partent pour leur sombre caverne. Je me poserai à l'entrée, leur ferai de grands saluts, puis je replongerai entre les arbres. Dans la jungle je verrai un grand tigre touffu dont les yeux brilleront au matin. Je l’apprivoiserai par l'estomac en tuant deux perroquets blancs. Je lui en lancerai un et garderai l'autre pour moi. Je dégagerai sa gorge du bout de mes doigts, lui bloquant le bec avec mon pouce. J'approcherai le cadavre de ma gueule et toucherai ses légères plumes du bout de la langue. Je lui baiserai le cou, mordrai dedans à pleines dents. La peau résistera, puis éclatera, juteuse. Le sang chaud m’emplira la bouche et tout sera velouté. Je craquerai longtemps ses os dans le fond de ma bouche en hochant heureusement de la tête. Le tigre hochera lui aussi de la tête en approbation, sa mâchoire tout aussi ensanglantée, des plumes prises entre ses dents. Il se couchera à côté de moi, fermera les yeux et ronronnera si fort que tous les singes viendront lui lécher les oreilles. Dans la jungle, je me coucherai en boule à côté de lui et me réchaufferai les fesses sur son dos. Nous dormirons heureux tout l’avant-midi.
Ensuite, nous irons boire au ruisseau en mangeant des sushis frais, dégustant les merveilles aquatiques au son des piranhas dansants. Lorsque nous serons rassasiés, je monterai sur ses épaules et nous serons immenses. Nous parcourrons la jungle entière. J’éviterai habilement toutes les branches, toutes les lianes qui pourraient me déséquilibrer, et nous arriverons à la limite australe des arbres au soir. Là, je descendrai et, affamés, nous irons chasser la gazelle dans la savane s'étalant à perte de vue devant nous. Nous courrons dans les grandes herbes, chassant en relai. Lui sera plus rapide, moi plus agile, mais nous n’en tuerons qu’une. Je croiserai son regard fauve par-dessus la viande, et il faudra se battre pour décider qui la mangera toute crue. Le combat durera une heure, chacun sera plus sauvage que l'autre à son tour. Je le tuerai finalement de mes mains en lui ouvrant le ventre avec mes ongles acérés. Je couperai sa tête, mangerai sa cervelle et porterai son crâne sur mes cheveux. Je me sculpterai une arme avec ses os et dépècerai la gazelle avec. Je prendrai la peau de la bête pour m’en faire une couverture et je la mangerai en partant du bas. Alors, je crierai de puissance et de joie si fort que toutes les femmes du monde m’entendront et, dans la savane, viendra me rejoindre la plus belle des jeunes filles, ses seins seront de petites oranges sanguines et son sexe une date sucrée. Elle sera nue et je la dégusterai. Elle me sourira, je la pénètrerai dans les hautes herbes. Elle me léchera le cou, me mordra le sexe. Je sentirai ses canines sur mes oreilles, sur mon nez et mon gland. Elle me suivra dans la jungle. Nous irons pisser dans l’eau. Nous irons chanter dans la caverne. Nous nous élancerons de liane en liane et mangerons tous les champignons colorés. Elle sentira tant la viande et les fruits exotiques que je ne pourrai résister longtemps. Elle me fera ensuite des enfants que j’égorgerai l'un après l'autre dans la chute d’eau avec l'os du tigre pour colorer la forêt. Dix fois, elle me hurlera d’arrêter, et, dix fois, je rirai si fort que tous les macaques aux alentours se moqueront d’elle avec moi. Au onzième elle courra m’arrêter et je lui planterai mon arme entre les seins. Je pleurerai un temps son ventre sucré, mais elle sentira si bon la viande et les fruits que je ne pourrai me contrôler et je la dévorerai par le bas, car il faut toujours commencer par la vulve qui déchire sous les canines. Je suis affamé. Après m'être servi, j’offrirai sa chair à tous les animaux et ce sera un grand banquet où le feu régnera. Je jouerai de la musique avec sa cage thoracique et tous les animaux danseront au rythme de mes bras. Les oiseaux chanteront des mélodies tropicales et les grands singes souffleront les basses. Nous danserons sous les étoiles toute la nuit tant sa chair sera bonne et nutritive. D'abord, les insectes, puis les mammifères, puis les reptiles entameront mon refrain.
Qui a tué Virginia Woolf? Virginia Woolf. Virginia Woolf. Virginia Woolf.
Le feu brûlera si fort qu’il vaincra la jungle humide et emportera tout. Le vent se lèvera. Les petits oiseaux multicolores tomberont par centaines dans la fumée étouffante. Les lézards sècheront. Les mammifères rôtiront si vite qu’ils n’auront pas le temps de sentir la bonne cuisson. Les poissons remonteront, inertes, à la surface : le ruisseau puis la rivière puis le fleuve deviendront des voies d’argent luisantes qui refléteront les flammes si fortement que j’en perdrai la vue. Le torrent d’air aspiré par le feu asphyxiera les insectes et me propulsera haut au-dessus du brasier. Les arbres noirciront, les lianes se crisperont et au second matin tout sera cendre.
Je me joindrai aux hyènes.
---
Tu mangeais la terre. Tu disais que c'est le fleuve qui crie, l'air qui est trop salé, qu'il faut diluer. Tu étais sale, la boue couvrait tes vêtements et sculptait tes seins, tes hanches. Tu étais penchée, accroupie, et tu arrachais la terre de Rimouski avec tes ongles. Tu l'engouffrais.
Tu prends les choses, les arraches, jamais tu ne coupes. Même les sachets de ketchup, tu les déchires avec tes dents. La première fois qu'on s'est vus, tu déchiquetais un verre blanc de styromousse avec tes petites dents acérées. Morceau par morceau, tu le dépeçais méthodiquement et déposais chaque petite partie mâchouillée dans le fond, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus qu'un plateau soutenant une pile de détritus, qui s'effondrait. Tout le temps, tu rongeais tes ongles. À ton travail, tu déchirais tous les cartons. Probablement, tu te serais masturbée si je grattais un tableau noir.
Au chalet, tu t'es éloignée. Tu partais le soir, vers huit heures, en sous-vêtements, et tu marchais à travers la haie. Tu la laissais te lacérer, jamais tu ne contournais quoi que ce soit. Tu m'as dit que c'était l'appel du fleuve salé. Il reste que tu traversais la haie, marchais dans les fleurs du voisin, détachais ses chiens et puis marchais vers la plage. Ils tournaient autour de toi, jappant sans cesse, à demi sauvages. Ces bêtes étaient à moitié renard, à moitié loup. Tu avançais longtemps sans rien dire, la tête basse, jusqu'à la plage. Chaque fois, tu marchais dans l'eau. Elle était tellement froide et pourtant tu t'entêtais, de la pire façon, pas à pas, jusqu'à ce qu'elle te caresse. Puis, tu plongeais. Les bêtes suivaient.
Tu ressortais juste après, trempée, et remontais le menton. Des fois, les meilleures, tu rentrais au chalet, me souriais, et te blottissais contre moi, gelée, et nous faisions l'amour en silence. Ça devint de plus en plus rare. Vers la fin, nous ne nous touchions plus. Les autres fois, tu remontais vers la terre, vers les arbres. Là, je ne te suivais plus. C'était entre toi et les chiens, je n'avais plus rien à faire.
Avant de revenir, le dernier soir, tu n'as pas détaché les cabots, alors je t'ai suivie. Tu t'es dirigée droit vers les arbres, tu as traversé tous les conifères, puis es arrivée au marais. C'est là que tu as mangé la terre en pleurant, ton ventre gonflé lacéré par le sol. Tu étais couchée dessus, plongée dans la boue. Est-ce que tu te branlais en même temps?
Je crois que je t'ai tuée devant l'Hôtel Madrid, je n'en voulais pas, je n'étais pas prêt encore.
---
Qui a tué Virginia Wolf? J'adore la scène du shotgun. George revient sur scène, se place derrière Martha, sort un shotgun et le pointe vers le dos de la tête de sa femme. Nick et Honey, le couple d'invités-instruments, sont complètement bernés. George tire, il sort un parapluie du canon. La cruauté commence.
Je ne peux pas m'empêcher d'imaginer une seconde version de la pièce, beaucoup plus courte, où l'arme n'est pas un jouet. Où George pointe son arme et éclate la tête de sa femme, où les morceaux de cervelle éclaboussent les invités. À chaque représentation, une nouvelle actrice joue le rôle de Martha et meurt, sacrifiée, sur scène. Je serai George, dans la jungle des mots, je te tuerai et ton fils aussi, tous les soirs, dans la salle de spectacle de l'Hôtel.
1 Comment | Post A Comment | Add to Memories | Share | Link
 |
| 2009-04-27 22:13 |
| Grand Ménage |
| Public |
| Al Green - Oh Me, Oh My (Dreams In My Arms) |
|
J'ai tout effacé! Oui oui! Dorénavant, que du français, que de l'Aaaaaaaaaarrrrrrtttt! Avec un grous A. Oh! Qu'est-cela? Des bédés!  
Post A Comment | Add to Memories | Share | Link
 |
|
Il s’agit en réalité d’un phénomène courant et très bien documenté. Pour le lecteur curieux, le plus fameux scientifique à avoir fait paraître ses travaux sur la chose est un certain Roberto Ariano, dont le chef d’œuvre, Glitches and Bugs in Reality : The Imperfect Creationism Theory, est reconnu comme le livre le plus exhaustif sur le sujet. Malheureusement, en raison de certains malentendus dont nous éviterons les détails, le livre ne fut pas traduit en français et nous sommes présentement incapables de vous y référer si vous ne lisez point l’anglais. Il est malgré tout certain que ce qui m’est arrivé le six juillet de l’an mille neuf cent quatre-vingt-quinze ne relève pas de l’improbable ni même de l’inconnu. Je tiens à ce que cela soit clair, afin qu’on ne puisse pas penser qu’il s’agit ici d’une fabulation quelconque ou bien du récit délirant d’un aliéné ayant perdu sa raison. Il s’agit par contre en effet du récit d’un homme s’étant fait exclure de la réalité : moi. En fait, mieux vaudrait utiliser une analogie imparfaite, mais efficace, qui vous permettra, je l’espère, de mieux saisir mon cas. Je suis à peu près certain qu’il vous est déjà arrivé de ronger vos ongles pour quelque raison que ce soit. Il s’agit d’utiliser ses dents pour faire une petite incision sur un des côtés de l’excroissance soudainement indésirable, puis de tirer doucement sur celle-ci tout en guidant à coups d’incisives le parcours de la cassure jusqu’à l’autre côté pour en détacher au final un petit croissant net que l’on peut grignoter par la suite. Le résultat escompté est un arc lisse et propre au bout du doigt qui n’offrira pas de points faibles qui deviendraient des nuisances potentielles. Malheureusement, il arrive parfois que, souvent dû à un geste trop hâtif, l’on arrache l’ongle sans guider adéquatement la trajectoire de la coupure et qu’elle devienne trop profonde, exposant de la sorte une partie du doigt normalement protégée par la couverture salvatrice du plateau rosâtre. C’est exactement ce qui m’est arrivé, mais l’ongle, c’était la réalité. ( Plus! Plus! Plus! )
Post A Comment | Add to Memories | Share | Link
Game over, Super Mario.
Tu ne me manqueras pas.
Post A Comment | Add to Memories | Share | Link
|
 |
|
 |
 |