
Ça fait plus de trois ans que je tourne autour des plages. À Rimouski comme au Mexique, j'y suis irrémédiablement attiré. Pourtant, dès que je m'y installe, que je m'assois sur le sable, je m'y sens inconfortable. Le sable se glisse dans mes sandales, dans mon maillot, ou bien il grimpe mes pantalons mouillés. Sur la plage, je me sens inutile, un intrus sur la propriété privée des jeunes filles et des garçons bronzés. Je préfère toujours tourner autour, marcher le long des boulevards qui les surplombe, boire sur les terrasses qui les dominent. J'aime, à l'ombre, regarder courir les chiens dans le sable, regarder les femmes et leurs amants apprendre à se détester. La plage est une limite où tout le temps de nouveaux humains vont tenter leur chance de l'autre côté, ils essaient d'effacer ou de laver leurs vies dans les vagues. C'est un constat d'echec. Ma mère m'a emmené il n'y a pas si longtemps sur une plage près de l'ancien séminaire de Rimouski qui est bordée d'une longue série de bungalows hors de prix, pour y accéder il faut absolument traverser un terrain privé, faire hurler un chien qui n'ose pas sortir de sa niche parce qu'il y fait froid dix mois par année. Nous avons donc marché dans l'entrée de garage d'une immense maison coloniale, longé un petit sentier qui traversait les herbes et descendu l'abrupte pente de terre et de bois mort jusqu'au sable bordé d'algues encore juteuses. Ma mère prend toujours plaisir à marcher dans les algues du Bas-Du-Fleuve, elle écrase avec jouissance les petits bulbes qui giclent l'eau salé. Elle est constamment attirée par l'odeur de l'eau salée. Je préfère encore rester en retrait. Souvent je trouve une branche morte, échouée sur la plage après avoir longtemps été sablée par la berge. Je dessine dans le sable. Elle m'a donc emmené sur cette plage pour me montrer ce qu'elle appelle sa maison de rêve. C'est une vieille tour blanche accrochée désespérément aux rochers sur le bout de la pointe est, la maison est ronde et entourée d'immenses fenêtres qui donnent une vue presque complète sur les plages et la mer. Lorsque nous sommes arrivés au pied, une vingtaine de goélands hurlaient pour enterrer le bruit des vagues s'acharnant sur les rochers, comme pour arracher l'habitation de son ancrage. Une pancarte Rémax pendait, croche, depuis le long balcon qui l'entoure. Ma mère me sourit: «si jamais tu deviens riche, achètes-moi cette maison là.» Elle pensait au café à six heures du matin, lorsque le fleuve est encore lisse. J'imaginais plutôt un verre de Saint-Rémi durant une tempête en soirée. J'appris plus tard que la tour était une ancienne propriété du séminaire de Rimouski, où les prêtres prennaient parfois une retraite tranquile pour réfléchir à Dieu. Mon grand-père y a fait son éducation, ça ne l'a pas rendu bon chrétien, bien au contraire, il est devenu communiste. Ma mère aussi, et elle allait à l'école à Saint-Mathieu, puis à Laval. C'est pour dire. Je crois que la tour est toujours à vendre, quatre-cent mille dollars. Un plus plus tard, je suis allé à Boston avec un ami. Au départ, le plan était simplement de sortir de la ville. Ça avait commencé par une conversation imbibée dans un bar sur Saint-Denis où le staff insistait pour laisser la porte ouverte en plein hiver. Nous gelions sur place et je suis certain que des petits glaçons se formaient dans ma bière. C'était une de nos premières vraies conversations, où nous sommes sortis de l'anecdotique pour parler de peurs, d'amour, de haines et de sexe. Vers la fin, nous étions tous les deux à peine cohérents, mais je me souviens avoir remarqué, dans un élan de fureur contre la neige qui attaquait mes pantalons depuis la porte, à quel point il serait facile de simplement crisser mon camp par un bel après-midi. Simplement sortir d'un de mes cours, longer Sainte-Catherine, monter le long des panneaux tombants de la Grande Bibliothèque et me faufiler au terminal central d'autobus. De là, en moins de trente minutes je pourrais probablement me trouver dans un inconfortable bus Greyhound vers New-York, Boston ou Chicago. Comme ça, nouvelle vie. Il m'a regardé, puis dit «ok go!» C'était décidé, nous partirions plus tard pour ailleurs. Nous nous sommes entendus sur Boston puisque j'étais déjà allé plusieurs fois à New-York. Il fallut bien sûr beaucoup plus de temps que prévu avant d'embarquer finalement dans l'autobus, mais nous somme néanmoins partis en fin mai. Là bas, nous avions peu de plans et quatre jours dans une grande ville bourgeoise. Ce fut un voyage étrange, nous n'avions pas la même philosophie. Lui préférait les lieux historiques, moi les quartiers. Nous avons fait quelques bars, marchés la route historique, été fouiner dans une salle de concert étudiante très hip et mangés de la chaudrée de palourdes présidentielle. Je me suis même acheté une guitare cheap qui sonne délicieusement cacanne que je trimbalai toute la dernière journée dans un sac de poubelle. Tout en métro. Le métro de Boston est probablement une des choses les plus laides, bruyantes et incommodes que j'ai eu le plaisir de voir dans ma vie. Une réelle antiquité, les wagons crient de souffrance à tous les virages, ce qui veut dire presque continuellement, et ils se déplacent si lentement qu'on pourrait aisément jogger à côté sans se faire distancier. Le système de métro n'est pas le plus vaste qu'il m'ait été donné d'essayer, mais certainement le plus complexe, le plus ramifié, et cela parfaitement inutilement. Néanmoins, au bout de la ligne bleue qui monte vers les banlieues nord de Boston, se trouve une station nommée Wonderland. Inspirés, nous nous dirigeâmes donc un après-midi vers la contrée de Peter Pan et du Capitaine Crochet. Le métro, après s'être péniblement extirpé du centre-ville, sortit de terre et nous offrit quelques minutes plus tard une vue sur la côte de l'Atlantique, longeant une interminable série de bungalows coupés de temps à autres par d'affreux immeubles brunâtres à cinq ou six étages. Puis, la mer, la vrai. Une immense plage qui s'étend sur des kilomètres, une longue ligne droite de sable fin et brûlant qui donne sur l'océan pourtant toujours glacial. Le tout longé d'un large boulevard à première vue pullulant de restaurants et de bars, donnant presque l'impression de se trouver à Los Angeles. Revere Beach, comme elle s'appelle, est en fait une plage déchue, ancien lieu de villégiature des années cinquante où la jeunesse bostonnienne venait passer ses après-midi dans le parc d'attraction maintenant démoli, mangeant de la crème glacée en se tenant la main dans la main. Aujourd'hui, même si la plage est toujours relativement fréquentée, elle n'offre un attrait que régional, attirant peu de gens hors des habitués vivant aux alentours. Les commerces longeant le boulevard sont rares et vieillissent mal, leurs menus délavés. Nous cherchons en vain de la crème molle, d'un bout à l'autre de la plage, qu'un vieux dépanneur tenant des produits Breyers, Revelo... Dans les cabines publiques traine une odeur de merde étouffante, et les enfants crient à tue-tête. On se croirait à Montréal. Un viel ami, pas le même, est allé, comme bien d'autres, se perdre au Pérou quelques mois il y a trois ans. Ce fut, apparament, une merveilleuse expérience de vie qui lui fit découvrir les joies du pisco, des cigarettes partagées et du sexe sous la chaleur toride de l'après-midi. Je suis allé deux semaines au Mexique avec lui, un an après. Mexico, Oaxaca, Puerto Escondido. Il m'a regardé, sur la plage des surfers, quand est passée une touriste danoise aux seins exquis, et m'a dit «c'est pas le Pérou, mais on fait avec».
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S1 [Hercules & Love Affair – Hercules’ Theme]
MC et DAVE, dans un parc kitsch, assis sur un banc de fer forgé blanc portant fièrement ses motifs de fleurs. Golden lights, elle a un chandail de squelette et lui une chemise faggy mauve, les deux fument mal. Lui tient sa cigarette comme un italien, mais sans le style, sans coordination. Elle la tient au bout de ses doigts pour faire féminine, elle a l’air anxieuse. DAVE Tu sais, christ, que c’est pas compliqué de tuer une araignée. Ça bouge même pas comme une mouche. La mouche va, genre, faire buzzer partout pis zzzz (il secoue ses mains près de ses oreilles) faut que t’attendre qu’elle se fatigue vraiment, puis là tu la vises ben MC Je le sais! Écoeure-moi pas, p h o e b i e que ça se dit, une phobie, le principe, c’est que ça ne se contrôle pas.
DAVE Je veux bien, mais c’était pas nécessaire de crier comme une hystérique, tu m’as fait scrapper ma game pendant que j’étais rendu à Sigma!
MC Boohoo!
DAVE (Simultanément) Ben oui t’en as rien à crisser, mais moi ça compte. Pour moi l’avenir de Méga Man, c’est aussi important que les sautes d’humeur du premier ministre, tu comprend? C’est ça ma vie aussi, pis je sais que ton ostie d’araignée c’était un prétexte, essaie pas de me faire chier.
MC (Par-dessus) Dave a raison, tu as toujours raison, c’est sûr que c’est promordial que toi t’aie fini ton jeu cinq minutes avant qu’on parte.
Arrivent PAT et GUILLAUME, le premier vient vers eux et le second reste en retrait.
DAVE D’abord, phobie ça s’écrit f o e b i e, pis c’est primordial, pas promordial.
MC (Le coupe) Ben oui, christ change le sujet, je suis pas bonne, je suis conne, j’ai peur des ‘tites araignées, je le sais. PAT P h o e b i e, il me semble. Anyway, vous finirez votre chicane de couple avec du bon make-up sex à soir, en attendant venez vous en donc avec nous autres, vous avez juste à plus vous parler jusque-là.
MC et DAVE Quoi?
MC (Embarassée) Okay, okay, on arrive.
DAVE Ouais, non, je suis certain qu’il y a un f.
MC (Se retourne, exaspérée, vers PAT) Toi, t’est pas célibataire ? Je me cherche un chum de remplacement.
PAT (Riant) Dans tes rêves.
MC (Chuchote à son oreille) Des fois.
GUILLAUME Come on people, DAVE, emmène ton gros cul.
[The Dears – Lights Off]
On les voit rejoindre les autres, ils sont peut-être six ou sept, deux jouent au aki, d’autres fument dans l’herbe, certains boivent du vin de dépanneur. La scène dure une vingtaine de secondes. S2
DAVE et MC sont étendus dans une chambre encombrée par des consoles de jeux et des DVDs, elle sur le lit, et lui sur une chaise d’ordinateur. Il joue à Battle Axe sur une vieille Super Nintendo, torse nu. Elle le regarde en massant doucement les côtes de squelette que trace son chandail. Elle est tout habillée.
MC C’est tout?
DAVE Quoi?
MC (Murmure) C’est tout.
DAVE Quoi? Qu’est-ce qui est tout? (face à l’écran) Ah fuck! Je suis mort là!
MC Grosse date.
Silence, on entend les bruits que produit la console. [The Church – Under the Milky Way] MC se lève, cherche laborieusement le plancher, trouve une bouteille de vin et en prend une longue gorgée. Elle se rassoit. Elle écarte les jambes et donne plusieurs petites tapes sur son pubis en imitant des sons de pénétration. DAVE l’ignore. Il change la cassette pour Street Fighter 2. Suit un autre silence coupé par le son de la télé. [musique coupe]
MC Je suis plus capable.
CASSETTE Hadoken!
MC Je crisse mon camp. CASSETTE Hadoken!
MC J’ai déjà couché avec Pat.
CASSETTE Perfect!
[musique reprend, le refrain]
Elle se lève, prend son sac, allume une clope et s’en va. Une fois la porte fermée, DAVE éteint la console de jeux et s’écrase de dos sur son lit. Il rebondit, puis part à rire.
DAVE Yeah right, pis moi avec Annah Montana.
S3 Dans son appartement, MC ouvre la porte en tremblant. Elle dépose sa sacoche et un sac Couche Tard sur la table de la cuisine, elle en sort un nouveau paquet de cigarettes qu’elle échange avec celui de sa sacoche. Elle en sort son cellulaire violet qu’elle ouvre d’un coup de pouce. Elle se dirige vers sa chambre en tentant de défaire sa ceinture à une seule main. Finalement, chandail squelettique et petite culotte verte fluo, elle s’assoit sur son lit en tassant une énorme pile de vêtements. Elle hésite un certain temps, se massant la cuisse. Elle appelle finalement quelqu’un. Elle attend. On ne voit plus que son visage et sa gorge de profils. Elle sourit. [musique coupe]
MC Pat ! C’est M-C !
(Elle prend une position semi couchée)
MC En fait, ouais, non, ça va pas trop.
(Moue d’effort) MC Je viens de casser, ouais, avec Dave, ça allait plus du tout. (Elle commence visiblement à se masturber) Tu nous as vus cet après-midi, on n’est plus capable d’avoir du fun. Il fait juste se planter devant sa christ de télé.
(Spasme)
MC J’ai juste besoin de te parler.
Appartement de PAT, il semble perplexe, le téléphone pris entre l’épaule et la joue, est devant l’ordinateur et joue à World of Warcraft en l’écoutant d’une oreille puisque l’autre est prise par son casque de jeu.
PAT Écoute, c’est beau, je suis ton ami aussi, Dave ou pas je tien quand même à toi, tu le sais. Tu veux-tu m’expliquer ?
(Des orques meurent par centaines)
PAT Uh huh.
(Explosions)
PAT Iiiiiish!
(Hurlements)
PAT Quoi? Oh, juste des boxers.
On entend par l’écouteur un jeune adolescent crier LEEEROY JEEEENKIIINS! à tue-tête.
PAT Osti d’épais.
(Mort)
PAT Quoi, que je t’insulte? (il ferme le son de l’ordinateur) Christ MC qu’est-ce que tu fais, là? Huh? Okay, fine, je t’écoute (il remonte le son).
(Des orques meurent par milliers)
PAT De rien, écoute, je vais faire tout ce que je peux pour t’aider, je te le répète, tu es mon amie pis il y a rien qui peut changer ça. Ça va ?
Retour à la chambre de MC, qui est couchée sur le côté, les jambes repliées sur son bras droit, le gauche tenant le cellulaire sur son oreiller. Elle semble plus épuisée qu’attristée. Dernier spasme. Elle sourit.
MC Okay merci, j’avais besoin de parler à quelqu’un, je suis contente que tu sois là, j’étais super angoissée.
(elle se rassoit)
MC Bye, je t’embrasse.
[m83 – Kim & Jessie] Elle se relève, marche jusqu’à la cuisine où elle fouille dans le frigidaire, elle en sort un sac de baby carottes et un pot de trempette, puis marche, toujours en t-shirt et petites culottes, jusqu’au salon où elle ouvre la télévision. On la regarde manger des carottes et de la trempette durant le générique.
[musique coupe]
DAVE, au téléphone, dans sa chambre, sur son lit.
DAVE (Fade out vers la surexposition) Ouais ! Je le sais! Christ que ça lui a pris du temps, j’étais juste plus capable, à la fin je me suis dis, shit, je ne répondrai que par la bouche de mes hadokens! Je me disais, quelques jours à être bête de même, elle va bien finir par comprendre le message, ben non, le gros, ça lui a prit trois osties de semaines! Ha ! Man, j’en reviens toujours pas. Pis pendant ce temps-là avec Anne-Marie, ouais ouais, sept fois, je te niaise pas. Elle s’en est même pas rendu compte, j’avais laissé traîner son J exprès!
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DU FROMAGE ET DES MOUCHES
« Cheese! »
Karine s’est retournée juste à temps pour me voir taper du doigt comme si je tenais un appareil photo. Elle n’a rien compris. Elle a souri pareil, parce que Gabriel (le gars) était crampé aux larmes sur la table et qu’elle l’aimait plus ou moins en secret. Bien entendu, ce n’était pas réciproque. D’abord, elle était laide. Elle avait les yeux croches, le corps désaxé par des seins immenses et une trentaine de livres de trop. Surtout, elle était conne. Gab était beau et intelligent, un grand gars comme il n’y en a qu’en région, les cheveux noirs, bouclés, un début de barbe, les yeux verts, il tripait sur Hendrix. J’en étais même un peu jaloux. Eh.
Le fromage, c’est que deux ou trois jours plus tôt Gabrielle (la fille) était sortie en riant de leur dortoir, elle avait trouvé une petite culotte de Karine figée dans la croûte. Cheese, donc. Tout le staff du camp Saint-Donat le savait dorénavant, sauf peut-être Étienne parce qu’il était trop chiant, et Alexandre parce qu’il était débile.
Ce n’est pas pour être méchant que je dis ça. Tout le monde adorait Alex, seulement il souffrait d’une déficience mentale légère. Lui non plus n’était pas beau, mais il avait une excuse au moins. Il était sympathique et en plus Paulette ne le soupçonnait pas de nous sortir des chips de la réserve, à cause de sa condition. On l’envoyait presque chaque soir maintenant nous voler tout plein de stock, et chaque fois elle répétait le même discours le lendemain, après le break de trois heures, après avoir tété sa flasque de Canadian Club : « Christ, faites donc comme Alex, il est pas vite vite, mais au moins y travaille lui. » Brillante Paulette, puisses-tu vomir ta bile d’alcoolo six pieds sous terre.
En fait, Alex était à ce moment-là tout nouveau, il était arrivé avec le deuxième troupeau, après qu’ils aient dû foutre la moitié du premier à la porte. Il était arrivé pour le deuxième tiers de l’été avec son petit frère Antoine (seize et quatorze ans respectivement) qui était le meilleur gars au monde. Les deux se ressemblaient, ils abordaient le même teint basané, le même air nerveux, mais tous les os d’Alex semblaient légèrement croches. Quelques jours plus tôt, Dave, Gab et moi avions dû faire des tonnes de supplémentaires pour rouler la cafétéria avant la deuxième vague.
Ce n’était pas une grande job, même l’entrevue avait été glauque. Au moins depuis le temps on s’était formé un groupe plus sympathique. Ce soir-là, on était réunis pour pratiquer notre show du noël des campeurs : le plan était simple, on avait dit qu’on allait faire une toune de Beau Domage, mais en entrant on chanterait soit You’re Pretty When I’m Drunk, soit Fuck Her Gently. Ce n’était pas sûr. D'ailleurs, on pratiquait Pretty chaque mâtin, quand on ouvrait à six heures. Si les campeurs nous faisaient chier avec leur « boum atchikaboum », nous, on avait un ghetto et Bloodhound Gang. On était aussi pretty fucking drunk pas mal tous les soirs.
N’empêche, ce n’était pas vraiment joyeux à ce moment-là. Gab semblait prendre de plus en plus plaisir à se brûler la main avec ses cigarettes et ses joints. C’en était triste, dès qu’il allumait une clope, il se mettait automatiquement à la faire tournoyer entre ses doigts. Le bout orange traçait des figures de plus en plus compliquées dans l’air, puis, rendu au botch, lui brûlait les doigts. Il lâchait un petit sacre à mi-voix, puis recommençait avec une nouvelle. Il y avait quelque chose de maso là dedans.
En fait, Gab était retourné à Trois-Rivières pendant une semaine et sa blonde lui avait dit qu’elle s’ennuyait trop de lui, que c’était pour ça qu’elle avait commencé à se piquer. Ce n’était pas nouveau, il m’avait souvent dit qu’il prenait des drogues plus dures de temps en temps, mais c’était la fréquence qui lui faisait peur. Paraît qu’elle avait l’air d’un Rwandais bleaché. J’ai vu les photos. Le pire c’est que lui la trompait sans trop y croire depuis quelques mois, mais là, ça avait vraiment été une claque. Depuis, son foutu gilet allemand était de plus en plus troué.
Dave le regardait aller sans faire quoi que ce soit non plus. Un petit gars clownesque avec plus de studs qu’un mur de stucco, il rêvait d’être peintre de Harley-Davidsons. Il venait de casser avec Mélissa la semaine d’avant et il passait ses après-midi sur la balancine à gosser du Slipknot sur sa guitare. C’était rendu bizarre parce que Mel s’était en même temps mise à me coller. Je savais que ça le faisait chier, mais c’était aussi mon amie, et puis une pipe c’est une pipe. Fine fine fine. En plus, elle était belle, un visage encore un peu joufflu d’enfant, la salive salée et un cul de la mort. J’étais clairement son rebond, mais rendu là…
Bref, l’ambiance était glauque et on cherchait tous à se défouler, Karine était une cible facile. « You’re not a whoman, you’re an experiment ! » Je savais que ce n’était pas correct, mais elle me faisait chier moi aussi en essayant d’être amie avec tout le staff à tout prix. Le soleil était rendu derrière les dortoirs et il faisait froid. J’essayai de me décrocher de la banquette pour aller chercher mon gilet, c’est la main de Mel qui m’a retenu. En dessous de la table, pour que Dave ne le voie pas.
« C’est quand même salement dégueulasse, » lâcha Gab. « It’s a highway to heaven, » chantonna Dave. « Christ je l’ai vue en tank top puis je suis sûr que son poil monte jusqu’entre ses seins. » « Shit, » soupira Dave avec une grimace de dégoût, « en parlant, genre, de poils, tu as vu le bras d’Alex? » « Osti oui. » « On dirait un rat mort. » « Je suis sûr que c’est un genre d’alien, » spéculais-je en riant, « un parasite qui va prendre le contrôle de son corps ou quelque chose. » « Motherfucking destroyer of worlds, » précisais-je. « Come on, » s’indigna Mélissa, « c’est pas sa faute. Y’a pas choisi d’avoir ça. »
Il faut dire qu’Alex (ou Forest, comme les filles l’appelaient affectueusement) était non seulement enlaidi par sa maladie, mais en plus il portait fièrement une énorme tache jaune brune couverte de poils noirs sur le bras gauche. Elle était assez difficile à manquer étant donné que le bonhomme se promenait constamment en t-shirt rouge, peu importe la météo. Il paraît qu’il piquait des crises de la mort dès que ses parents essayaient de lui faire porter quoi que ce soit d’autre.
On le voyait d’ailleurs s’en venir au loin avec Antoine, c’était l’heure des changements de shifts. Son frère marchait droit en avant, en coupant par la colline en arrière de la cafétéria. Alex claudiquait derrière, les pouces dans les poches de jeans, en zigzaguant. Il donnait des coups de pied dans les branches et essayait de décapiter les fleurs. De temps à autre, le premier attendait l’autre en étirant une boucle de cheveux gras. Je me retournai vers Dave :
« Sérieux, à caque fois j’ai envie de faire mooouuuuche! comme dans Austin Powers. » « Lequel ? » Demanda Gab distraitement. « Ha! Mouchie mouchie mouchie! Je m’en souviens. » Puis, hésitant, Dave précisa, « le troisième je pense. » « Shit, on pourrait, genre, la brûler avec, genre, un tison. » « Ta gueule ils arrivent. »
Ils se sont assis après les saluts habituels. Mélissa s’est collée sur moi un peu plus encore pour leur faire de la place. Je crois sérieusement avoir rougi. Je sentais ses seins sur mon bras et elle me tenait toujours la main sous la table. On a parlé de tout et surtout de Paulette. Apparament, elle était entrée saoule comme d’habitude dans la cuisine et avait crié à Fred qu’il était un sale drogué, lui qui n’avait jamais touché à une goutte d’alcool avant qu’on le force un peu la semaine d’avant. Il était sorti tout de suite, sans dire un mot. Elle avait continué de crier après jusqu’à ce qu’elle mette accidentellement le pouce sur un brûleur. « C’était pas beau. » Antoine avait un grand sourire.
Même Alex rit, probablement pour faire comme les autres. Il avait les dents croches. Nous avions tous le reste de la soirée off (le jeudi soir était le shift des losers). Dave se remit distraitement à jouer de la guitare en regardant Mel avec un air piteux, c’en était chiant à la fin. Gab s’alluma une cigarette, m’en offrit une et en tendit une autre à Alex, qui refusa avec un petit cri en mettant les mains sur ses oreilles. Là, je ne pus m’en empêcher, l’infâme tache noire sur son bras me regardait dans les yeux, elle me dévisageait avec ses millions de tentacules noirâtres. Je levai mon doigt:
« Mooouuuuuche! »
Gabriel et Dave partirent à rire aussitôt, Mel eut un petit hoquet réprobateur sans y croire et même Antoine fit un petit sourire, il laissait passer. Alexandre me regarda un temps, puis partit à rire, il ne savait clairement pas pourquoi j’avais dit ça, mais si tout le monde était heureux, alors pourquoi pas. Gab ne put s’en empêcher non plus :
« Mouchie mouchie mouchie ! »
Je ris aux larmes, il avait même sorti une branche qui traînait par terre pour poker la chose. Antoine tourna la tête. Pour une fois, Gab botcha sur la table. La soirée continua lentement. Je piquai la guitare à Dave parce que la situation avec Mélissa était de plus en plus embarrassante et je voulais mettre une distance physique entre elle et moi. Mauvais plan, elle aimait m’écouter, même si je ne chantais pas.
On sortit le deux litres de 7-up pleine de vodka et la mouche revint souvent dans la conversation. Antoine tiqua chaque fois, mais son frère semblait y prendre plaisir. Il était tout heureux d’être au cœur de l’attention de temps en temps. Tard, quand Gabrielle (la fille) passa devant nous pour rentrer au dortoir, je l’accrochai :
« Hey! As-tu vu Karine? » « Oui, » dit-elle avec rage, « est en christ après vous autres. Vous auriez pu être plus subtils. « Comment ça? » « Cheese? Osti les gars, est pas si conne que ça » « C’est pas ça que tu disais hier, » lança Dave.
C’est là que Gab prit sa cigarette et la pointa vers la tache d’Alexandre en marmonnant « mouche ». Sa main tremblait et il articulait à peine. Le soûlon et le déficient se regardèrent un long moment dans les yeux, il y eut un silence qui dura quelques secondes, mais parut bien plus long. Finalement, contrairement à son habitude, notre mini Forest Gump, qui avait probablement trop bu dans le verre de son frère, partit à rire. Il prit la cigarette et l’essaya. Il s’étouffa. Ma main se crispa entre les jambes de Mel qui sursauta. On pouvait tous sentir venir la crise. Non. Il rit encore une fois. Je crois qu’il avait compris le principe. Alex pointa ensuite le bout rougeâtre vers l’horrible tache sur son bras, criant à tue-tête.
« Mouchie mouchie mouchie mouchie mouchie! »
On a tous éclaté de rire, ça en faisait mal au ventre. C’était trop. Antoine lui dit doucement d’arrêter. Gabrielle (la fille) nous regardait sans comprendre. Mélissa ne riait pas non plus. Elle me dit d’arrêter. Je lui dis qu’il le faisait tout seul maintenant, que quelque part l’ironie du monde venait de sauter une coche. Elle enleva d’un geste furieux ma main d’entre ses jambes (j’étais si près !), se leva et partit brusquement. Elle essaya d’entraîner Alex avec elle, mais il résista en criant « mouche! » encore plus fort. Il était fixé. Son front tout rouge, un immense sourire au visage. Elle rentra dans le dortoir, excédé. Je n’en revenais pas. Notre déficient criait sans arrêt, souriant plus que jamais, son frère le regardait, il tremblait.
« Mouche! » « Alex. » « Mouche! » « Ta gueule ! Antoine avait finalement levé la voix, ferme ta christ de gueule Alex, tu me fais honte. » « Moooouuuuuuche! » « Calisse Alex, ferme là ! Arrête ça! »
Rien n’y faisait. Forest était parti pour la gloire. J’avais des crampes partout à force de rire. Alex pointait de plus en plus proche la cigarette de Gab vers son bras, sa mouche. Un arc orange dans la nuit.
( Re�critures )
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| 2009-05-05 02:46 |
| Le robot |
| Public |
| The Good, The Bad and the Queen - Green Fields |
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Ben oui, ben oui.
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Je me relèverai dans la jungle et tout sera parfait. Les insectes voletteront tout autour et les vers grouilleront dans le sol. Tout autour, du vert, des lianes et d’immenses troncs d’arbres.
Je me tiendrai dans la jungle sans souliers ni bas et le lichen me passera entre les orteils. Il fera chaud et si humide que mon dos sera tout trempe. Je boirai du jus de coco et mangerai des fruits exotiques. Je me tiendrai les yeux fiévreux et je crierai autant que je le voudrai. Les mâles qui crient dans une forêt sont entendus de toutes les femelles du monde. Dans la jungle je sauterai d’arbre en arbre, je me branlerai dans la noirceur. Là je prendrai fièrement ma machette et je couperai des plantes multicolores pour me frayer un passage vers le grand ruisseau. Quand j’y serai, je plongerai mes mains dans l’eau boueuse et les poissons viendront me chatouiller les doigts. J’y plongerai et l’eau m’arrivera aux tétons. Je rirai si fort, si fort que les pierres riront avec moi, c’est contagieux. Je remonterai le courant doucement dans la nuit et mon chandail sera tout beau sur ma peau. Arrivé devant la chute d’eau, je m’y doucherai et les gouttelettes éclabousseront les buissons. Là je boirai à la source, j’avalerai le ruisseau et le pisserai en bonne fontaine. Tous les oiseaux de la jungle s’abreuveront à mon jet et le monde le saura.
Puis je me laisserai porter par le courant, je ferai la planche, je m’endormirai et toute la nuit je descendrai le ruisseau comme ça, tout doucement. Les petits singes rouges sauteront d’une rive à l’autre grâce à mon ventre. Le ruisseau me conduira à la rivière et elle au fleuve. Là tout ira très vite, les rives deviendront confuses et au petit matin je serai précipité vers le soleil à cent miles à l’heure, et quand il sera complètement levé j’arriverai à une immense chute d’où s’élèvera tant de brume que tout sera arc en ciel. Là je serai propulsé très très loin vers l’horizon tout rose. Le temps s’arrêtera avec mon souffle.
C’est là que je prendrai mon envol. Je serai un oiseau bleu jaune et rouge et j’éviterai toute l’eau et je survolerai le grand lac. Les poissons monstres sauteront tous pour m’attraper. Aucun ne me touchera. Je serai si haut et je rejoindrai un nuage de chauves-souris blanches qui m’entoureront comme un grand banc de poissons. Je les suivrai très haut au soleil et puis elles partiront dans leur cave. Je me poserai à l’entrée et leur ferais de grands aux revoirs. Je replongerai ensuite entre les arbres.
Dans la jungle je verrai un grand tigre touffu dont les yeux brilleront au matin. Je l’apprivoiserai en tuant deux perroquets blancs, je lui en lancerai un et je dégagerai la gorge de l’autre. Je l’approcherai de ma gueule et toucherai les légères plumes du bout de la langue. Là, je mordrai dedans à pleines dents, je sentirai la peau résister, puis s’ouvrir en éclatant d’un coup, le sang chaud m’emplira la bouche et tout sera velouté. Je craquerai longtemps les os dans le fond de ma bouche en hochant heureusement de la tête. Le tigre aura déjà fini et hochera lui aussi la tête en approbation, la mâchoire tout ensanglantée, plumes prises entre les dents. Il se couchera à côté de moi, fermera les yeux et ronronnera si fort que tous les singes viendront lui lécher les oreilles. Dans la jungle je me coucherai en boule à côté de lui et me réchaufferai les fesses sur son dos. Nous dormirons heureux tout l’avant-midi.
Ensuite nous irons boire au ruisseau en mangeant des sushis tout frais. Nous serons rassasiés et je monterai sur ses épaules et il sera immense. Nous parcourrons la jungle en entier, j’éviterai habilement toutes les branches, toutes les lianes, et nous arriverons à la limite des arbres au soir. Là je descendrai et nous irons chasser la gazelle dans la savane qui s’étendra devant nous. Nous courrons dans les grandes herbes. Nous n’en tuerons qu’une et il faudra se battre pour décider qui la mangera toute crue. Je le tuerai de mes mains en lui ouvrant le ventre avec une branche. Je couperai sa tête, mangerai sa cervelle et porterai son crâne sur mes cheveux. Je me sculpterai une arme avec ses os et dépècerai la gazelle avec. Je prendrai la peau pour m’en faire une couverture et je la mangerai en partant du bas.
Je crierai si fort de joie que toutes les femmes du monde m’entendront et dans la savane viendra me rejoindre une belle jeune fille aux seins comme des petites oranges sanguines. Elle sera nue et je la dégusterai aussi. Elle me sourira et nous fourrerons dans les hautes herbes. Elle me léchera tout le cou. Je sentirai ses canines sur mes oreilles, sur mon nez et mon gland. Elle me suivra dans la jungle. Nous irons pisser dans l’eau. Nous irons chanter dans la caverne. Nous nous élancerons de liane en liane et mangerons tous les champignons colorés. Elle sentira tant la viande et les fruits exotiques que je ne pourrai résister longtemps.
Elle me fera des enfants que j’égorgerai dans la chute d’eau pour colorer la forêt. Elle me criera d’arrêter et je rirai si fort que tous les macaques aux alentours se moqueront d’elle avec moi. Elle courra m’arrêter et je lui planterai mon arme entre les seins. Elle sentira si bon la viande et les fruits que je la dévorerai. Je serai heureux. J’offrirai sa chair à tous les animaux et ce sera un grand banquet où le feu régnera. Je jouerai de la musique avec ses os et tous les animaux danseront aussi. Les oiseaux s’occuperont des mélodies et les grands singes des basses. Nous danserons sous les étoiles toute la nuit tant sa chair sera bonne et nutritive. D'abord, les insectes, puis les mammifères, puis les reptiles entameront le refrain.
Chooka chooka hoo la ley ! Looka looka koo la ley !
Puis le feu brûlera si fort qu’il vaincra la jungle humide et tout emportera. Le vent se lèvera. Les petits oiseaux multicolores tomberont par centaines. Les lézards sècheront. Les animaux rôtiront si vite qu’ils n’auront pas le temps de sentir la bonne cuisson. Les poissons remonteront, inertes, à la surface, le ruisseau puis la rivière puis le fleuve deviendront des voies d’argent luisant qui reflétera les flammes si fort que j’en perdrai la vue. Le torrent d’air aspiré par les flammes asphyxiera les insectes et me propulsera haut au-dessus du brasier. Les arbres noirciront, les lianes se crisperont et au second mâtin tout sera cendre.
Je me joindrai aux hyènes.
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Il s’agit en réalité d’un phénomène courant et très bien documenté. Pour le lecteur curieux, le plus fameux scientifique à avoir fait paraître ses travaux sur la chose est un certain Roberto Ariano, dont le chef d’œuvre, Glitches and Bugs in Reality : The Imperfect Creationism Theory, est reconnu comme le livre le plus exhaustif sur le sujet. Malheureusement, en raison de certains malentendus dont nous éviterons les détails, le livre ne fut pas traduit en français et nous sommes présentement incapables de vous y référer si vous ne lisez point l’anglais. Il est malgré tout certain que ce qui m’est arrivé le six juillet de l’an mille neuf cent quatre-vingt-quinze ne relève pas de l’improbable ni même de l’inconnu. Je tiens à ce que cela soit clair, afin qu’on ne puisse pas penser qu’il s’agit ici d’une fabulation quelconque ou bien du récit délirant d’un aliéné ayant perdu sa raison. Il s’agit par contre en effet du récit d’un homme s’étant fait exclure de la réalité : moi.
En fait, mieux vaudrait utiliser une analogie imparfaite, mais efficace, qui vous permettra, je l’espère, de mieux saisir mon cas. Je suis à peu près certain qu’il vous est déjà arrivé de ronger vos ongles pour quelque raison que ce soit. Il s’agit d’utiliser ses dents pour faire une petite incision sur un des côtés de l’excroissance soudainement indésirable, puis de tirer doucement sur celle-ci tout en guidant à coups d’incisives le parcours de la cassure jusqu’à l’autre côté pour en détacher au final un petit croissant net que l’on peut grignoter par la suite. Le résultat escompté est un arc lisse et propre au bout du doigt qui n’offrira pas de points faibles qui deviendraient des nuisances potentielles. Malheureusement, il arrive parfois que, souvent dû à un geste trop hâtif, l’on arrache l’ongle sans guider adéquatement la trajectoire de la coupure et qu’elle devienne trop profonde, exposant de la sorte une partie du doigt normalement protégée par la couverture salvatrice du plateau rosâtre.
C’est exactement ce qui m’est arrivé, mais l’ongle, c’était la réalité.
( Plus! Plus! Plus! )
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Game over, Super Mario.
Tu ne me manqueras pas.
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Je pars au loin une semaine durant, non! ne me pleurez point.
Allez allez laissez tout sorir au fond, ça fait du bien. Comme dit l'autre, toutes les excrétions sont bénéfiques!
J'écoute le dernier d'Albert Hammond Junior, il est pas mal mais je sais pas si je vais y retourner. Ces temps-ci c'est beaucoup de Tokyo Police Club que j'écoute.
Je lis du Jules Verne et je ne parviens pas à finir ni Conrad, ni Mishima, ni Flaubert. Voyons si l'air marin va changer les choses.
Bon il faut que j'aie faire mes bagages. Je vous laisse avec un vieux vidéo de Malajube acoustique:
http://www.bandeapart.fm/concerts/concertsplayliste.asp?id=458&av=video
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Goddamn those Pixar guys know how to make some great animation.
Anyway, this is totally ego-tripping isn't it?
Go read Fables and Nausicaä and Tank Girl and all things that I like!
Yay yay yay.
Il fait beau à Montréal et je pars pour le Bas-Saint-Laurent la semaine prochaine, puis les Estados Unidos en aout.
Allez en paix.
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Il y a de ces albums qu'on identifie à des lieux mystiques ou pas, des plages imaginaires d'époques précises sans trop le savoir.
J'écoutais dernièrement le dernier album de No Age, Nouns, qui d'un point de vue strictement technique se trouve entre Fuck Buttons, DFA et Animal Collective. Mais cet album, à travers et grâce au son gricheux qui en sort entre dans une classe à part, il nous transporte dans un de ces lieux imaginaires construits de lectures, de films et d'expériences personelles. No Age va me plonge dans les villes sans personalités autres que le ciment du nord des États-Unis. On y entre comme dans une banlieu semi-urbaine du Massachussets, prendre un snack dans un fast food sur le bord de l'autoroute avant de continuer plus loins, quelquepart où les noms veulent dire quelquechose.
C'est pour ça que dans une de ces bibliothèques imaginaires qui flottent dans le gulf-stream de mes petites impressions cet album ira toujours plutôt s'asseoir à côté de Mellon Collie des Smashing Pumpkins ou Just Like the Fambly Cat de Grandaddy. Les slumps poétiques parcequ'ils écrasent l'horizon entre beaucoup de ciment, quelques arbres et un ciel presque sans étoiles.
Selon moi ce sont des albums profondéments américains, de cete amérique que je côtoie mais sans vraiment la connaître. Cette amérique qui a été importée sauvagement au Québec et a créée tous les Valleyfield et Mirabel de ce monde. C'est une jeunesse dont le frère à une Honda Civic et les parents paient pour la garderie privée. Une jeunesse white thrash à sa manière qui calle des vingt-quatres de Laurentides sur le bord d'un lac et pisse dans la piscine creusée. C'est presque les Simpsons, mais il y a le suicide et la drogue et tout le drama d'ado et celui encore plus thick d'adultes qui parlent à travers leur tondeuses à gazon. Dans ce lieu du milieu des années quatre-vingt dix où il ne pleut jamais sur la colline.
D'ailleurs, tapez vous It Never Rains on Monitor Hill en écoutant les deux albums de Mellon Collie l'un après l'autre. Versez-vous un whisky, fumez un joint, c'est une expérience spirituelle je crois:
http://www.waterlizard.com/inr.htm
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